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2018-10-21T09:52:58+02:00

L'infirmière scolaire philanthrope

Publié par Delphine Basson Psychologue

Je suis ravie de vous présenter, pour la deuxième fois, la nouvelle rubrique dans le blog psycho.

Interview Portrait, c'est l'interview mais aussi le portrait d'une personne que j'ai pu croiser sur ma route. Cette personne nous parlera d'une de ses problématiques ou d'un thème qui lui tient à coeur ou encore d'informations importantes à vous faire découvrir. Tous les thèmes abordés dans ces Interviews Portraits sont en lien étroit avec les articles du blog. C'est pourquoi, vous pourrez cliquer sur tous les mots "rose" du texte afin de pouvoir mieux vous informer sur ce sujet évoqué. 

Aujourd'hui, je souhaite qu'on aborde le métier de l'infirmière scolaire. En tant que parents, nous savons tous qu'il existe une infirmière dans les établissements scolaires, sans pour autant bien connaitre sa mission.

 

Alors, je suis ravie de vous présenter [...], infirmière scolaire philanthrope ! [à sa demande, je tairai son prénom !]

 

Bonjour et Bienvenue sur ma blogosphère !

Vous êtes infirmière scolaire, pouvez-vous nous décrire votre métier, sa mission ?

 

  

La profession infirmière est définie selon le code de la santé publique : « est considérée comme infirmière, toute personne qui, en fonction du diplôme qui l'y habilite, donne habituellement des soins infirmiers sur prescription ou conseil médical, ou bien en application du rôle propre qui lui est dévolu. En outre, elle participe à différentes actions notamment en matière de prévention, d'éducation à la santé et de formation ou d'encadrement. » 

 

La mission de l'infirmière de l'Education Nationale s'inscrit dans la politique générale de l'éducation nationale qui est de contribuer à la réussite des élèves. Elle permet de détecter précocement les difficultés susceptibles d'entraver leur scolarité. L'infirmière participe à l'accueil et l'accompagnement de chaque élève en fonction de ses besoins spécifiques liés à sa santé physique ou psychique.

Elle participe à la prévention et l'éducation à la santé des élèves, et à la lutte contre les inégalités sociales. Pour se faire, elle collabore avec les différents professionnels de l’établissement mais aussi avec les acteurs de santé extérieurs et les familles.

Ci-joint un tableau pour résumer les différentes missions :

 

 

 

     

     

    cliquez sur l'image pour l'agrandir !

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    Vous travaillez dans différents établissements scolaires. L'un d'entre eux accueille des élèves à haut potentiel. Quelles difficultés ces enfants rencontrent-t-ils dans leur scolarité ?

     

    C’est un dispositif qui accueille 2 à 4 élèves précoces par niveau, et qui présentent des difficultés scolaires et ou sociales. Il est donc proposé des aménagements particuliers pour chaque élève, qui sont réévalués régulièrement.

    Ce sont des enfants qui se sentent en décalage perpétuel avec leurs pairs. Ils ont une très faible estime de soi. Ils se dévalorisent. Ils s'ennuient en cours, car les exercices sont compris rapidement. Ils sont tous différents et n’ont pas tous la même problématique. Leur anxiété est très présente et peut entraver leurs apprentissages. Ils sont capables de la feuille blanche lors d’un contrôle et passe pour des fainéants. Ils sont incapables d’expliquer pourquoi et  lorsque vous reprenez avec eux l’énoncé, ils vont bloquer sur un mot (à double sens ou pas assez précis). De même, ils ont besoin d’un cadre. Ils sont hypersensibles et ont un sentiment d’injustice très fort. Certains vont se retrouver dans des conflits (voire bagarres) malgré eux. Ils peuvent se sentir exclus d’un groupe car ils n’ont pas les mêmes centres d’intérêts.

    Ils sont incapables de travailler scolairement et manuellement, s’ils ne connaissent pas le but. Certains sont en difficultés pour apprendre une leçon, car ils n’ont jamais appris à le faire. Ce sont des adolescents qui n’ont pas de filtre. Ils peuvent être considérer comme des élèves insolents.

     Ce « haut potentiel » peut s’accompagner de troubles des apprentissages, appelés, plus communément les « DYS »et des troubles du comportement (hyperactivité). On entend par « DYS » : la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, la dysgraphie, la dyspraxie, la dysphasie.  Pour eux, c’est la double peine.

    Certains peuvent se mettre en danger, scarifications, alcoolisations, consommations de produits illicites, tentatives de suicides.

    Ce sont des adolescents qui ont besoin d’être valorisés, en permanence (comme tout élève à faible estime de soi). Ils ont besoin d’un accompagnement psychologique, régulier, à leur convenance. Ils ont besoin de RECONNAISSANCE.

    Certains professeurs vont essayer de comprendre leur mode de fonctionnement, mais d’autres refusent, souvent par méconnaissance. Les élèves sont alors confrontés à un mur, et pensent  que l’enseignant ne l’aime pas.

    Les problèmes liés à l’adolescence sont alors décuplés.

     

     

    Chaque académie a son propre fonctionnement.  Dans l’académie de Rouen, les infirmières scolaires partagent leur temps entre le collège et les écoles primaires qui y sont rattachées. Le temps accordé au primaire dépend du chef d’établissement, même si notre académie tend vers un 50% collège/50% écoles, je suis à 80% sur le collège (653 élèves) et 20% en primaire (1067 élèves). Le collège accueille une classe ULIS(Unité localisée pour l’inclusion scolaire), pour les élèves en situation de handicap lourd.

     

     

     

    Quelles problématiques rencontrez-vous chez les ados ?

     

    • L’adolescence est une transition entre l’enfance et le monde adulte. L’adolescent cherche sa propre identité. Leur mal-être est le reflet de notre société.
    • Je rencontre des élèves qui se scarifient, somatisent, et qui deviennent violents. Ils se mettent en danger et mettent en danger leurs camarades. Ils reproduisent ce qu’ils voient à la TV, mais aussi les jeux vidéo. Le téléphone portable est devenu une source d’anxiété. Les réseaux sociaux occupent une place fondamentale chez les jeunes. Ils ont besoin de reconnaissance et de popularité. Ils n’ont pas conscience des dégâts collatéraux que peuvent engendrer ses réseaux. Lors d’un entretien avec un jeune (estime de soi au plus bas, scarifications, accroc aux jeux en ligne, en recherche d’identité sexuelle, tentative de suicide), il me dit : « j’ai trouvé de l’aide, une amie de Marseille, m’apprend à sortir mon esprit de mon corps ». Cette amie est virtuelle, il joue en ligne avec elle. Il ne l’a jamais vu.
    • De même, le harcèlement est très problématique, qu’il soit au collège ou au domicile. Les élèves ne mesurent pas la signification de leurs propos (vont utiliser du vocabulaire qu’ils ne maîtrisent pas).La vulgarité langagière devient banale. Ils s’insultent pour s’amuser mais la fréquence est pesante.
    • De plus, une grande partie  des adolescents vit  dans des familles recomposées, où il est très difficile de trouver sa place, avec parfois un climat social défavorable (précarité financière, de l’emploi mais aussi du logement) ou climat de violence psychologique et physique, quelle que soit la catégorie sociale.
    • Les difficultés scolaires engendrent un mal-être, lorsqu’elles sont peu ou pas dépistées dès le plus jeune âge (professeurs des écoles non formées, surcharge des classes), ou pas acceptées par les parents par méconnaissance (ou parents qui ont eu des mauvais souvenirs de leur scolarisation). Ces difficultés vont croître au collège. Les situations explosent au collège et peuvent conduire à une déscolarisation  progressive par phobie scolaire ou un comportement inacceptable qui va entraîner une exclusion du collège par conseil de discipline, mais aussi par un trouble du comportement telle que l’anorexie.
    • Ma difficulté première est d’apprivoiser l’élève pour qu’il me fasse confiance afin d’établir un dialogue. Ce travail se gère en équipe avec toute la communauté scolaire. Il est important de travailler en amont, quand c’est possible, avec les parents. L’écoute est de rigueur. Ce qui est difficile c’est de faire la part entre le ressenti de l’enfant et du parent et la réalité d’un fait. Je suis aussi un médiateur lorsque la communication entre l’ado et son parent n’existe quasiment plus. Mais je vais orienter la famille vers des professionnels ou des  associations pour que la prise en charge soit pluridisciplinaire.
    • L’adolescent en danger est très difficile à gérer. Il est primordial de travailler en collaboration avec l’assistante sociale lorsqu’elle est présente ou la CPE (conseillère pédagogique et éducative). Les propos du jeune sont recueillis tels quels, mots pour mots et face à 2 adultes. Il faut en aviser le chef d'établissement. En fonction du danger, nous alertons la cellule de recueillement des informations préoccupantes (inspection académique : dispositif pour l’enfance en danger), qui va transmettre soit au parquet soit au service social. Nous devons prévenir les parents lorsque nous faisons un écrit sauf si je juge que l’enfant ne peut être remis à sa famille. Dans ce dernier cas, je travaille directement avec la police je ne transmets mes écrits au service social une fois que l’enfant est prise en charge par la brigade des mineurs.
    • La violence est devenue banal dans le collège, puisque pour s’amuser on se donne des coups et on se lance des défis tels que CAP ou PAS CAP. Tous les jours les élèves viennent à l’infirmerie pour des contusions, plaies voir traumatismes après avoir chahuté dans les couloirs et en cours de récréation. Faute de moyens en personnel, nous  avons des difficultés à faire face à ses jeux ridicules. Il n’est pas rare qu’un élève soit envoyé à l’hôpital pour ses mêmes motifs.
    • Je vois par jour une quarantaine d’élèves.

     

    Quel(s) conseil(s) pourriez-vous donner aux parents lecteurs des blogs ?

     

    Il faut sélectionner les blogs en fonction de nos besoins et de nos ressentis.

    Ne pas hésiter à farfouiller dans un blog et laisser des témoignages.

    Certains blogs peuvent aider des parents en difficultés à en rencontrer d’autres (blog sur la phobie scolaire, par exemple).

    Des professionnels mettent leur compétence au profit des lecteurs (Astuce pour dys, Delphine Basson..).

     

     

    Le blog Delphine Basson psycho a pour objectif de rendre la psychologie et le bien-être accessible à tous. My PopPsy est un blog un peu plus fantaisiste qui touche à tout dans une rubrique « Lifestyle ». Vous êtes une fidèle lectrice des blogs. Depuis quand les lisez-vous ? Qu'est-ce qui vous plaît dans leur approche ? Aimeriez-vous que certains thèmes soient abordés ?

     

    Je ne me souviens plus de la date, mais c’est depuis que j’ai fait une agréable rencontre : la vôtre.

    Leurs diversités sont très enrichissantes, et permettent de comprendre certains problèmes auxquels nous sommes confrontés. On peut se dire que nous ne sommes pas seuls. Ce sont en quelques sortes des cavernes d’ALIBABA. On y trouve des témoignages, des solutions, des ressources…

    On peut y partager des petits bonheurs.

    J’adore la neuroscience, les sciences du comportement (de l’être vivant en général), la neuropsychologie.

     

    Encore merci d'avoir bien voulu consacré un peu de votre temps précieux pour répondre à cette interview portrait ! Je suis persuadée que toutes les informations précieuses que vous nous avez communiquées aideront tous les parents dans l'accompagnement quotidien de leur enfant. Vous êtes une belle personne passionnée par votre mission, encore bravo !

    Et vous, parents, n'hésitez pas à laisser un commentaire, une remarque, une question après la lecture de cette interview !!!

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